L’économie de la connaissance

7 Sep 2016

driss ABERKANE

PAR Gilles RANNOU

 

Compte rendu de la 68ème rencontre du CERA

 

Partager une somme d’argent c’est la diviser, partager une information c’est la multiplier. Partant de ce constat de bon sens, Idriss ABERKANE développe sa théorie d’un nouvel eldorado fondé sur une source inépuisable d’énergie : la connaissance. Chercheur à l’Université de Stanford en Californie et à l’Université de Paris-Saclay, il étudie l’interaction entre savoir et pouvoir, et entre savoir et paix. Noopolitik, biomimétique, neurosciences… des concepts savants qu’Idriss ABERKANE maîtrise parfaitement et met à notre portée. Il nous fait comprendre les enjeux et les impacts de la science du cerveau dans notre vie quotidienne, notamment par les jeux vidéo. Ses chroniques dans Le Point font référence.

 

Présentation d’Idriss ABERKANE par Gilles RANNOU

À 29 ans, Idriss ABERKANE a déjà vécu de nombreuses vies si l’on en croit tous les domaines qui l’intéressent et qu’il aime à partager avec tous les publics de 0 à 99 ans. La biologie théorique, les neurosciences, le bio mimétisme, l’économie de la connaissance, les jeux vidéo, etc. Ses horizons n’ont pas de limite. Ecole Normale Supérieure à Paris, Cambridge en Angleterre depuis 2006, Stanford aux Etats-Unis depuis 2009, Idriss ABERKANE est aujourd’hui associé à l’Ecole Polytechnique de Paris en spécialité neuro technologie. Il est surtout connu pour privilégier la recherche appliquée. Il est ambassadeur numérique des systèmes complexes pour l’Unesco UniTwin, qui rassemble 650 centres de recherche dans 120 pays.
En 2014, Idriss Aberkane a déjà conquis la Vendée à l’Université des Entrepreneurs vendéens, le MEDEF de Vendée, ainsi que l’Institut Saint-Gabriel.
Chaque quinzaine, il livre un certain nombre de réflexions dans un éditorial du magazine Le Point. Il a même fait la une de cet hebdomadaire avec un dossier très riche consacré aux neurosciences. Nous y avons noté que méditer, jouer ou chanter permettent de muscler notre intelligence. Vous nous dites que nos méninges ont besoin d’exercices, alors nous sommes prêts ! Dites-nous Idriss, comment nous pouvons bénéficier en Vendée de cet eldorado que constitue l’économie de la connaissance.

 

Idriss ABERKANE

Merci d’être venus aussi nombreux et de m’accueillir aujourd’hui.
Effectivement je suis spécialiste du cerveau. Je fais de la neuroergonomie qui est une science très simple. Certains d’entre vous ont peut-être vu sur TF1 l’émission présentée par Christophe Dechavanne « Les extraordinaires ». Il faisait intervenir des hypermnésiques, des athlètes de la mémorisation. Il y avait notamment un individu capable, lorsqu’on présentait un mur de 4 m x 4 de Rubik’s cubes, de désigner 2 couleurs interverties. C’est cela que j’étudie, les capacités complètement incroyables de notre cerveau.

 

Je travaille également avec des calculateurs prodiges. Le champion du monde étant Alexis Lemaire qui sait calculer la racine 13° d’un nombre à 100 chiffres, de tête, en 3 seconde 62. Il s’agit d’un homme tout à fait normal. La neuroergonomie nous permet de comprendre comment mieux répartir la charge sur notre cerveau. Alexis Lemaire a le même cerveau que nous. Simplement, il l’utilise différemment. Il spatialise le calcul. Il a recours à sa mémoire spatiale et sa mémoire épisodique dans ses calculs. Nous en disposons tous, pour savoir par exemple où nous nous sommes garés, ce que nous avons mangé le matin, où trouver des ciseaux chez nous. La principale différence, c’est que pratiquement personne ne l’utilise pour faire
des maths. Nous n’attrapons pas les données dont nous avons besoin de manière ergonomique. La neuroergonomie nous enseigne comment mieux attraper la connaissance avec notre cerveau. Nous commençons à découvrir comment notre cerveau apprend et par la même que nos façons d’enseigner sont très peu neuroergonomiques.

 

Avez-vous déjà vu ce bâtiment ?

 

Il s’agit du nouveau siège d’Apple dans la Silicon Valley, qui sera inauguré en 2016. L’occasion de fêter le 40° anniversaire de la compagnie. Cette construction illustre très bien cette seconde Renaissance dans laquelle nous entrons, qui est le sujet de cette conférence. Il illustre très bien le rapport entre technologie et nature, rapport qui est en train de changer complètement. Steve Jobs voulait que ce bâtiment évoque « The fruit bowl of America ». La corbeille de fruits de l’Amérique qui était le nom de la Californie, état agricole à l’origine, devenu un état à forte valeur ajoutée aujourd’hui. C’est encore ici que l’on trouve le meilleur vin d’Amérique du Nord. Ce bâtiment témoigne de nombreuses influences.

L’économie de la connaissance, c’est quelque chose de très concret. Quand Apple appelle sa banque pour connaître son état de trésorerie, la banque lui répond qu’il est créditeur de l’équivalent du PIB du Vietnam, soit 180 milliards de $, qu’Apple a accumulé en vendant de la connaissance, de la technologie, des innovations.

En 1976, à sa création, Apple ressemblait à ça :

 

un monument historique classé dans la Silicon Valley.

Un pavillon comme les autres dans une rue pavillonnaire sans histoire.
L’économie de la connaissance, c’est la seule économie qui permet de faire ce saut en 2 générations !

 
Maintenant, regardez cette photo :

 

Il s’agit de la ville de Bagdad au IX° siècle. Du temps de Charlemagne. Il s’agissait de la Silicon Valley de l’époque puisque c’est dans ces lieux que l’on fabriquait les meilleurs instruments astronomiques. Pour un caravanier parcourant la route de la soie, disposer d’un instrument astronomique de qualité revenait à pouvoir gagner plusieurs semaines. Ce matériel coûtait un an de salaire mais au fond, c’était comme
disposer d’un ordinateur.

Vous voyez la similitude avec le campus d’Apple ?
Le commanditaire de cette cité était musulman. Le premier architecte était zoroastrien, le second était juif, le maître d’oeuvre était bouddhiste et le financeur était chrétien. C’était une autre époque ! A ce sujet, de nombreuses méconnaissances circulent. L’alcool par exemple n’était absolument pas interdit aux musulmans à qui l’on demandait juste de ne pas entrer enivrés dans une mosquée. Autre exemple, les minarets se sont inspirés de l’architecture chrétienne. La mosquée des omeyyades à Damas, qui a été le premier modèle, était en réalité une église.

Dernier exemple pour finir car c’est important pour introduire le thème de la Renaissance, le pays avec lequel la France s’est allié le plus longtemps depuis Clovis était l’Empire Ottoman. En 1536, François 1° cherchait une alliance pour contrebalancer le pouvoir de Charles Quint. Le seul capable de tenir tête à ce dernier était Soliman le Magnifique. Sur le plan de l’équilibre des
pouvoirs, cette alliance était si parfaite qu’elle a duré 250 ans, bien qu’émanant de 2 cultures bien différentes. Elle a pris fin lors de la campagne d’Egypte de Napoléon.
Les Silicon Valley ont toujours été des hauts lieux de rencontres. Pas de choc de civilisations mais des échanges, des dialogues. La différence de points de vue créant un climat propice à l’innovation.

J’en viens à notre sujet. Aujourd’hui, en 2015, toutes les conditions sont réunies pour assister à une seconde Renaissance.
Revenons 500 ans plus tôt, précisément en 1515, date du couronnement de François 1°. On entre dans la haute Renaissance française. Cette étape est le fruit de la conjonction de la redécouverte de l’imprimerie (les Chinois l’avaient déjà inventée très longtemps auparavant), la découverte des Amériques et des découvertes médicales.

Ces 3 paramètres ont précisément leurs 3 équivalents aujourd’hui :

– internet en lieu et place de l’imprimerie
– équivalente aux grandes découvertes géographiques de l’époque que je viens de citer et de l’héliocentrisme du temps de Copernic, nous venons de découvrir la place de notre galaxie dans l’univers. Nous venons également de remarquer que des océans à l’état solide se trouvent sous les plaques continentales. N’importe quel professeur de SVT vous aurait traité de fou si vous lui aviez annoncé cela il y a 18 mois ! Evidemment la question est de savoir si la vie existe dans ces océans… L’engouement pour le nouveau monde il y a 500 ans de cela se retrouve dans celui qui se déploie à la conquête de Mars.
– les grandes découvertes relatives au cerveau sont bien sûr à mettre en parallèle avec les grandes découvertes médicales de cette époque.

L’objet de ma présentation est donc cette nouvelle Renaissance.

Je vais vous parler de 3 éléments, en allant du plus abstrait au plus concret :

– l’économie de la connaissance
– le biomimétisme qui est son application à l’environnement
– la Blue Economy qui est l’économie de la connaissance appliquée à l’entreprise

 

Pour en savoir plus 

http://le-cera.com/leconomie-de-la-connaissance-un-nouvel-eldorado/

 

 

 

 

 

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